Pascal sur le divertissement

« L’homme, quelque plein de tristesse qu’il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer dans quelque divertissement, le voilà heureux (…) »

En ces temps d’omniprésence d’écrans et de jeux dans notre quotidien, où les jeux de stade peuvent faire communier au même instant des milliards d’humains dans une unique ola planétaire, les propos de Pascal sur le divertissement sont d’une étrange actualité. En voici quelques extraits.

Voir aussi :  Besnier sur la « zombification », Giannini sobre el aburrimiento« , Mann sur la volonté de décider et Baudelaire sur l’ennui.


« D’où vient que cet homme, qui a perdu il y a peu de mois son fils unique, et qui, accablé de procès et de querelles, était ce matin si troublé, n’y pense plus maintenant ? Ne vous en étonnez point : il est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que les chiens poursuivent avec tant d’ardeur depuis six heures. Il n’en faut pas davantage. L’homme, quelque plein de tristesse qu’il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer dans quelque divertissement, le voilà heureux pendant ce temps là ; et l’homme quelque heureux qu’il soit, s’il n’est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement qui empêche l’ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux. Sans divertissement il n’y a point de joie, avec divertissement il n’y a point de tristesse. » (p.41-42)

« Qui ne voit pas la vanité du monde est bien vain lui-même. Aussi qui ne la voit, excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement, dans la pensée de l’avenir ? Mais ôtez leur divertissement, vous les verrez se sécher d’ennui ; ils sentent alors leur néant sans le connaître : car c’est bien être malheureux que d’être dans une tristesse insupportable, aussitôt qu’on est réduit à se considérer et à n’être point diverti. » (p.42)

« Ainsi s’écoule toute la vie. On cherche le repos en combattant quelques obstacles; et si on les a surmontés, le repos devient insupportable; car, ou l’on pense aux misères qu’on a, ou à celles qui nous menacent. Et quand on se verrait même assez à l’abri de toutes parts, l’ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir au fond du coeur, où il a des racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin. » (p.40-41)

Source : Blaise Pascal, Pensées et opuscules, Nouveaux ClassiquesHatier, 1966. Textes choisis par Ferdinand Duviard. Pages 40,41,42.

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