Zweig et la création

 » Et s’il nous arrive parfois de nous approcher du mystère de la création, c’est à ces traces et à elles seules que nous le devons »

Contrairement aux apparences, ce n’est pas de métaphysique dont nous parle ici Stephan Zweig, pas plus qu’il n’évoque le site Traces comme voie d’approche au mystère des origines… Non, c’est du mystère de la création artistique dont il est question. Comment accéder au secret de l’acte créateur qui semble se dérouler exclusivement derrière le mur du cerveau de l’artiste, nos sens n’étant pas alors en mesure de le surprendre? D’après Stéphan Zweig, il reste la possibilité d’approcher ce mystère par un moyen qui relève en un certain sens de l’Archéologie, en utilisant les traces que l’artiste laisse au long de son cheminement créatif. Voir sur le même sujet: Bataille-sur-la-creation-artistique; James ou la dégradation de la Cène

La citation qui suit a été envoyée par notre collaborateur Gaston. Qu’il en soit vivement remercié !

« La création est un acte invisible, qui se déroule derrière le mur du cerveau, et à lui seul le vieux mot d’inspiration – inspiratio – exprime avec une parfaite clarté qu’il s’agit uniquement de « souffle », et donc d’un processus complètement immatériel, que ni les yeux terrestres, ni l’oreille terrestre, ni le toucher ne sont en mesure d’épier. En soi, le diagnostic est juste. Ce qu’il y a de proprement créateur, l’élément visionnaire, l’acte inspiré est invisible chez l’artiste. Mais nous vivons dans un monde terrestre et nous sommes des êtres humains qui ne pouvons saisir les choses qu’avec l’aide de nos sens. (…) Pour qu’une mélodie soit une mélodie pour nous, il ne suffit pas qu’elle s’élève à l’intérieur d’un créateur, il faut que nous puissions l’entendre, un tableau n’est un tableau que lorsqu’il est visible et achevé, une idée n’est une idée qu’à partir du moment où elle est formulée, une sculpture n’est une sculpture qu’à partir du moment où elle se présente sous sa forme définitive. Pour quitter l’âme de l’artiste et entrer dans notre vie, l’inspiration doit donc à chaque fois revêtir une forme terrestre, permettant une perception optique ou acoustique. Elle doit obligatoirement être transmise par un moyen matériel. Même le poème le plus sublime doit, pour nous parvenir, être d’abord fixé avec un élément matériel (…). Le processus artistique – et c’est un nouveau pas dans notre investigation – n’est donc pas de l’ordre de l’inspiration pure, ne se restreint pas à ce qui se passe derrière le mur du cerveau et sur la rétine de l’œil, c’est un acte de traduction permettant le passage du monde de l’esprit à celui des sens, de la vision à la réalité. Et puisque cet acte, comme je viens de le montrer, se déroule principalement dans le matériau sensible, il laisse par là même des traces substantielles, qui remplissent l’état intermédiaire entre la vision incertaine et l’achèvement définitif. Je veux parler des travaux préparatoires, des études des musiciens, des ébauches des peintres, des versions successives des poètes, des manuscrits, tous les matériaux disponibles provenant de l’atelier. Et justement parce que ces documents laissés derrière lui par l’artiste sont des témoins muets, ce sont les plus objectifs, les seuls sur lesquels nous puissions prendre appui. De même que les objets précipitamment abandonnés par l’assassin sur les lieux de son crime et les empreintes digitales qu’il a laissées, constituent les preuves les plus fiables en criminologie, les études préparatoires et les ébauches laissées par l’artiste à la suite du processus de production nous fournissent les seules possibilités d’en reconstituer le processus intérieur. Elles sont le fil d’Ariane, que nous devons suivre à tâtons si nous voulons retourner dans un labyrinthe qu’il est sans elles impossible d’explorer. Et s’il nous arrive parfois de nous approcher du mystère de la création, c’est à ces traces et à elles seules que nous le devons« . (pages 22 à 25)

Source : Stefan Zweig « Le Mystère de la Création artistique » (« Das Geheimnis des künstlerischen Schaffens »), traduit de l’allemand par Dominique Tassel ; Pagine d’Arte, 2021 (6ème édition).

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Guillén ou la colère du poète

Nicolas Guillén, poète cubain à l’oeuvre colossale, porte-parole de l’âme populaire et de la beauté noire, homme engagé dans les combats de son temps, recité ici par Edujota en deux langues. Le poème : Una canción en el Magdalena. Escuchar la interpretación de Edujota en espagnol

La version en français, « Chanson du Magdalena », une rareté, nous la devons aussi à Edujota.Ecouter l’interpretation d’Edujota en français

Voir aussi, Yupanqui sobre el hombre enamorado, Lorca sobre el duende, Lorca sur le Duende.

Una canción en el Magdalena

Sobre el duro Magdalena,
largo proyecto de mar,
islas de pluma y arena
graznan a la luz solar.
Y el boga, boga.

El boga, boga
preso en su aguda piragua,
y el remo, rema: interroga
al agua.
Y el boga, boga

Verde negro y verde verde,
la selva elástica y densa
ondula, sueña, se pierde,
camina y piensa.
Y el boga, boga.

Puertos
de oscuros brazos abiertos
Niños de vientre abultado
y ojos despiertos.
Hambre. Petróleo. Ganado…
Y el boga, boga.

Va la gaviota esquemática,
con ala breve sintética,
volando apática…
Blanca la garza esquelética.
Y el boga, boga.

Sol de aceite. Un mico duda
si saluda o no saluda
desde su palo, en la alta
mata donde chilla y salta
y suda…

Ay, qué lejos Barranquilla!
Vela el caimán en la orilla
del agua, la boca abierta.
Desde el pez la escama brilla.
Pasa una vaca amarilla
muerta.
Y el boga, boga.

El boga, boga,
sentado,
boga.
El boga, boga,
cansado,
boga…
El boga, boga,
preso en su aguda piragua,
y el remo, rema : interroga
al agua.

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Bloch sur les fausses nouvelles

« On croit aisément ce que l’on a besoin de croire« 

« Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui pré-existent à sa naissance »

L’historien Marc Bloch a consacré un petit ouvrage à la formation et émergence de fausses nouvelles au cours de la première guerre mondiale. Un contexte évidemment très spécial, qui peut toutefois fournir une base à la réflexion sur les dites « fake news » de notre époque. Notons le fait que, selon lui, les fausses nouvelles prennent, pendant la guerre, sur un terreau préparé par l’imaginaire de la population. Notons aussi le rôle des colporteurs de faux récits en un temps où la presse écrite était soumise à la censure, et de ce fait peu crédible. Aujourd’hui nous avons, simultanément avec une presse papier de faible diffusion, cette formidable source de colportage que sont les réseaux sociaux. Une conjonction qui concoure probablement à l’explosion actuelle des « fake news » et des théories du complot.

Voici quelques citations choisies.

Voir aussi : Ozouf sur l’insulte ; Lançon sur Charlie ;Cervantes sobre la maledicencia ;

« L’erreur ne se propage, ne s’amplifie, ne vit enfin qu’à une condition : trouver dans la société où elle se répand un bouillon de culture favorable. En elle, inconsciemment, les hommes expriment leurs préjugés, leurs haines, leurs craintes, toutes leurs émotions fortes. »

page 17

« Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui pré-existent à sa naissance. ; elle n’est fortuite qu’en apparence, ou, plus précisement, tout ce qu’il y a de fortuit en elle c’est l’incident initial, absolument quelconque, qui déclenche le travail des imaginations; mais cette mise en branle n’a lieu que parce que les imaginations sont déjà préparées et fermentent sourdement. »

pages 48-49

« On ne dira jamais assez à quel point l’émotion et la fatigue détruisent le sens critique »

page 49

« Le doute méthodologique est d’ordinaire le signe d’une bonne santé mentale »

page 50

« (…) on voyait le même homme, alternativement, accepter bouché bée les récits les plus fantaisistes ou repousser avec mépris les vérités le plus solidement établies ; le scepticisme n’y était guère qu’une forme de la crédulité »

page 54, note 1

Source : Marc Bloch, Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, Editions ALLIA, 1999.

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Lançon sur Charlie

« (…) il ne fallait pas désespérer le Billancourt musulman. »

On attribue à Camus l’idée, souvent reprise aujourd’hui, que mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde. Le propos de Philippe Lançon à propos du silence, ou du manque de solidarité, dont fut l’objet Charlie Hebdo suite aux attaques qu’il a subies avant l’attentat meurtrier des frères Kouachi, suggère une formule analogue: ne pas nommer les choses ajoute aux malheurs du monde.

Voir aussi : Bloch sur les fausses nouvelles, Ozouf sur l’insulte, Rosset sur religion et violence, Freud sur la guerre.


« Charlie a eu de l’importance jusqu’au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet, en 2006. Ce fut un moment crucial : la plupart des journaux, même certains notables du dessin, se désolidarisèrent d’un hebdomadaire satirique qui publiait ces caricatures au nom de la liberté d’expression. Les uns, par souci affiché de bon goût ; les autres, parce qu’il ne fallait pas désespérer le Billancourt Musulman. (…) Cette absence de solidarité n’était pas seulement une honte professionnelle, morale. Ella a contribué à faire de Charlie, en l’isolant, en le désignant, la cible des islamistes. La crise qui suivit éloigna du journal une bonne partie de ses lecteurs d’extrême gauche, mais aussi les hiérarques culturels et les donneurs de ton qui, pendant quelques années, en avait fait un journal à la mode. Ensuite, son déclin fut ponctué par une suite de nouveaux locaux, tantôt laids tantôt lointains (…) Les plus sinistres étaient ceux, sur un boulevard extérieur, qui furent incendiés par un cocktail Molotov, en novembre 2011. Nous nous étions retrouvés par une matinée froide et grise devant ce qu’il en restait, l’eau des pompiers ayant achevé de détruire ce que le feu avait entrepris (…) Certains pleuraient. Nous étions accablés par une violence que nous ne comprenions pas tout à fait et que la société, dans son ensemble, si l’on excepte l’extrême droite pour des raisons et avec des objectifs qui ne pouvaient être les nôtres, refusait de constater. » (p 65-66)

Source : Philippe Lançon, Le Lambeau, NRF, 2018.

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Zweig sur Montaigne et les Guerres de Religion

« … il se détourne comme nous, plein d’horreur, de ce pandémonium de fureur et de haine qui ébranle sa patrie et l’humanité »

On dit parfois que l’histoire ne se répète pas mais qu’elle bégaie. A lire ce que Stefan Zweig raconte de l’époque de Montaigne et des Guerres de Religion on a l’impression d’être de nos jours en plein bégaiement de l’histoire.

Voir aussi Ricoeur sur la violence ; Nietzsche sur jeunesse et explosion; Hobbes dur sécurité; Freud sur liberté, société et culture; freud sur la guerre; Einstein sur la guerre


 » Que malgré sa lucidité infaillible, malgré la pitié qui le bouleversait jusqu’au fond de son âme, il ait dû assister à cette effroyable rechute de l’humanité dans la bestialité, à un de ces accès sporadiques de folie qui saisissent parfois l’humanité, comme celui que nous vivons aujourd’hui, c’est là ce qui fait la tragédie de la vie de Montaigne. (…) Quand il ouvre les yeux sur le monde et quand il s’en sépare, il se détourne comme nous, plein d’horreur, de ce pandémonium de fureur et de haine qui ébranle sa patrie et l’humanité » (p.20)

« En de telles époques où les valeurs les plus hautes de la vie, où notre paix, notre indépendance, notre droit inné, tout ce qui rend notre existence plus pure, plus belle, tout ce qui la justifie, est sacrifié au démon qui habite une douzaine de fanatiques et d’idéologues, tous les problèmes de l’homme qui ne veut pas que son époque l’empêche d’être humain se résument à une seule question : comment rester libre? Comment préserver l’incorruptible clarté de son esprit devant toutes les menaces et les dangers de la frénésie partisane, comment garder intacte l’humanité du coeur au milieu de la bestialité ?Comment échapper aux exigences tyranniques qui veulent m’imposer l’Etat, L’Eglise ou la politique ? Comment protéger cette partie unique de mon moi contre la soumission aux règles et aux mesures dictées du dehors ? Comment sauvegarder mon âme la plus profonde et sa matière qui n’appartient qu’à moi, mon corps, ma santé, mes pensées, mes sentiments, du danger d’être sacrifié à la folie des autres, à des intérêts qui ne sont pas les miens ? » (p.23)

 

 

Source: Stefan Zweig, Montaigne, PUF Quadrige 2016.

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Ozouf sur l’insulte

« …la brutalité de l’insulte s’accompagne d’une méfiance pour le choix attentif des mots… »

Le rétrécissement du langage le rend inapte à exprimer des idées complexes, voire à les penser. Confronté à des situations difficiles ou tendues, l’être mal outillé aura tendance à s’exprimer impulsivement, autrement l’impossible nuance le réduirait au silence. D’ou la prolifération de l’insulte, et de la violence, dans ces jours de déclin de la langue. Nous reproduisons ici les propos sur le rôle de l’insulte que l’historienne Mona Ozouf a tenus dans un entretien récent avec Eric Fottorino.

Voir aussi, Klemperer sur la langue nazie, Ortega y Gasset sur la dégradation de la langue , Bloch sur les fausses nouvelles, Lançon sur Charlie.


E.R. Vous parlez du langage, des connotations sexuelles de l’insulte. Que faut-il y voir?

M.O. « Le sentiment qu’avec l’insulte, on touche le vrai du vrai. Elle sert de révélateur, elle dit de manière abrupte ce qui avait été longtemps caché. Et caché sous l’abus des mots. La confiance mise dans la brutalité de l’insulte s’accompagne d’une méfiance pour le choix attentif des mots -choix lié-, pense-t-on, à la comédie sociale et au mensonge. On retrouve ce trait partout dans le discours des Gilets Jaunes. Celui qui a la maîtrise des mots est immédiatement suspect d’enrubanner la réalité. Il se livre à l’enfumage, c’est la fumée des mots, le brouillard verbal qui dissimule volontairement la réalité crue. »

Revue ZADIG, N°1 2019. Propos recueillis par Eric Fottorino.

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Sen sur utilitaristes, égalitaristes et libertariens

« … si l’on a écouté les trois enfants… la décision est difficile à prendre. »

Amartya Sen, économiste et philosophe indien, grand spécialiste de l’analyse des famines, introduit ici, sous forme de fable, trois conceptions de la justice sociale qui font débat en ce monde agité. L’utilitarisme qui considère juste l’action qui augmente le bienêtre dans la société; l’égalitarisme qui considère juste la redistribution bénéficiant aux défavorisés; le libertariannisme qui considère que nul ne doit être privé du fruit de son travail.

« Il s’agit de décider lequel de ces trois enfants – Anne, Bob ou Carla – doit recevoir la flûte qu’ils se disputent. Anne la revendique au motif qu’elle est la seule des trois à savoir en jouer (les autres ne nient pas) et qu’ils serait vraiment injuste de refuser cet instrument au seul enfant capable de s’en servir. Sans aucune information, les raisons de lui donner la flûte sont fortes.

     Autre scénario : Bob prend la parole, défend son droit à avoir la flûte en faisant valoir qu’il est le seul des trois à être pauvre au point de ne posséder aucun jouet. Avec la flûte, il aurait quelque chose pour s’amuser (les deux autres concèdent qu’ils sont plus riches et disposent d’agréables objets). Si l’on entend que Bob et pas les autres enfants, on a de bonnes raisons de lui attribuer la flûte.

    Dans le troisième scénario, c’est Carla qui fait remarquer qu’elle a travaillé assidûment pendant des mois pour fabriquer cette flûte (les autres le confirment) et au moment précis où elle a atteint le but, « juste à ce moment-là », se plaint-elle, « ces pilleurs tentent de lui prendre la flûte ». Si l’on entend que les propos de Carla, on peut être enclin à lui donner la flûte, car il est compréhensible qu’elle revendique un objet fabriqué de ses propres mains.

    Mais si l’on a écouté les trois enfants et leurs logiques respectives, la décision est difficile à prendre. »

Amartya Sen, L’idée de justice, éd. Flammarion, Paris, 2010, p. 38.

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Bukowski sur la littérature actuelle

« Je tirais livre après livre des étagères. Pourquoi est-ce que personne ne disait rien? Pourquoi est-ce que personne ne criait? »

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L’autre jour une de mes amies me faisait remarquer que depuis belle lurette le site Traces ne montrait aucune activité. Qu’il fallait l’activer, disait-elle, sans trop s’y engager. Or, le soir même je tombai sur une citation de Charles Bukowski qui semblait presque parfaite pour cette noble tâche : elle était comme spécialement faite pour Traces (hormis tout anachronisme) et me je suis promis de l’y envoyer. Bukowski se dit déçu d’une certaine littérature mondialisée et quelque peu anodine, lui préférant la passion des grands écrivains du passé. Ses propos datent de 1979, aujourd’hui il serait peut-être encore plus sévère avec le nombrilisme ambiant et son rejeton, l’auto-fiction. Mais enfin, ne parlons pas à sa place, voici ce qu’il écrivait.

Une collaboration signée Gaston.


« J’étais jeune, affamé, ivrogne, essayant d’être un écrivain. J’ai passé le plus clair de mon temps à lire Downtown à la bibliothèque municipale de Los Angeles et rien de ce que je lisais n’avait de rapport avec moi ou avec les rues ou les gens autour de moi. C’était comme si tout le monde jouait aux charades et que ceux qui n’avaient rien à dire fussent reconnus comme de grands écrivains. Leurs écrits étaient un mélange de subtilité, d’adresse et de convenance, qui étaient lus, enseignés, digérés et transmis. C’était une machination, une habile et prudente « culture mondiale ». Il fallait retourner aux écrivains russes d’avant la révolution pour trouver un peu de hasard, un peu de passion. Il y avait quelques exceptions, mais si peu que les lire était vite fait et vous laissait affamé devant des rangées et des rangées de livres ennuyeux. Avec le charme des siècles à redécouvrir, les modernes n’étaient pas très bons. Je tirais livre après livre des étagères. Pourquoi est-ce que personne ne disait rien? Pourquoi est-ce que personne ne criait? »

Voir aussi : Arendt sur la culture de masse ; Hesse sur les médias ; Ortega y Gasset sur le spécialiste barbare ; Ionesco sur la vacuité ;

Source : Charles Bukowski, Préface à Demande à la poussière de John Fante, Ed. 10/18, avril 2018, page 7.Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Cervantes sobre la murmuración

« (…) que no es buena la murmuración, aunque haga reír a muchos, si mata a uno; »

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El siglo de oro —época de delación institucionalizada— habrá sido quizás el más murmurador y malediciente de la historia española. Así parecen haberlo comprendido los autores satíricos de entonces y el mismo Cervantes, que más de una vez abordó el asunto. En « El coloquio de los perros » dota de palabra a dos animales, Berganza y Cipión,  que aprovechan este don inesperado  para denunciar las lacras morales de la sociedad. Como Berganza tiene cierta inclinación hacia la murmuración, Cipión se ve obligado a llamarlo al orden. Reproducimos aquí uno de sus diálogos, donde el autor subraya la dificultad de abstenerse de murmurar.

Ver también Cervantes sobre la malediciencia, Enríquez Gómez sur l’Inquisition.


« CIPIÓN. Por haber oído decir que dijo un gran poeta de los antiguos que era difícil cosa el no escribir sátiras, consentiré que murmures un poco de luz y no de sangre; quiero decir que señales y no hieras ni des mate a ninguno en cosa señalada: que no es buena la murmuración, aunque haga reír a muchos, si mata a uno; y si puedes agradar sin ella, te tendré por muy discreto.

« BERGANZA. Yo tomaré tu consejo y esperaré con gran deseo que llegue el tiempo en que me cuentes tus sucesos; que de quién tan bien sabe conocer y enmendar los defectos que tengo en contar los míos, bien se puede esperar que contará los suyos de manera que enseñen y deleiten al mismo punto. » (p. 276)

Fuente: Miguel de Cervantes, El coloquio de perros in Novelas Ejemplares, Ediciones Vicens Vives, 2003.

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Grabbe sur l’humain

« Oui, nous ne tomberons jamais hors du monde. Nous sommes dedans une fois pour toutes. »

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Cette courte citation de Grabbe a été faite par Sigmund Freud dans une discussion qui l’opposait à son ami Romain Rolland. Ce dernier était convaincu que l’être humain porte en lui un sentiment d’éternité, de quelque chose de sans frontière, sans borne, pour ainsi dire « océanique », source de la religiosité.

Freud n’y croyait pas, mais interprétait cette phrase de Grabbe, et la position de Romain Rolland, comme l’affirmation d’un sentiment de lien indissoluble au monde.

Or, à se pencher sur la citation, on peut interpréter qu’elle souligne plutôt le fait que l’on ne peut tomber que dans le monde, qu’on ne peut lui échapper, même en mourant. Impossible d’en sortir pour aller voir ailleurs. On serait alors bien loin du sentiment « océanique », quelque peu romantique, de Romain Rolland, et peut-être plus près du monde absurde d’Albert Camus.

Voir aussi: Camus sur l’absurde, Oz sur l’aveuglement.

Source : Christian Dietrich Grabbe, Hannibal, cité par Freud, Le Malaise dans la culture in Oeuvres Complètes, T. XVIII, PUF, 2006, page 250.

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