James sur la dégradation de La Cène

« Une élégance inextinguible subsiste dans ces vagues contours et ces blessures incurables. »

Photo Geneviève James
Photo de Gaston

Le temps, et la dégradation, peuvent faire partie d’une œuvre. Cela entraine le spectateur dans un travail, un jeu, qui le rend « cré-actif ». Les cassures, les lacunes, la corrosion, les transformations de la matière reflètent la vie de l’œuvre depuis sa création, elles peuvent avoir leur beauté propre, elles « parlent » et souvent, elles n’empêchent nullement la perception de l’œuvre originale.

Mais Henry James le dit bien mieux que moi !

Une collaboration signée Gaston.

Voir aussi Bacon sur Velasquez et Rembrandt.


«  Le tableau le plus strictement impressionnant en Italie est sans conteste La Cène de Léonard, à Milan. Une part de son immense solennité est due sans aucun doute au fait que c’est l’un des premiers grands chefs-d’œuvre italiens qu’on rencontre en venant du nord. Une autre source d’intérêt secondaire tient au parfait achèvement de sa dégradation. L’esprit trouve un plaisir rare à emplir chacun de ces espaces vacants, à effacer ces grossières souillures, et à réparer, autant que possible, ce triste désordre. De la beauté et de la puissance essentielles de l’œuvre, il ne peut y avoir de meilleure évidence que par le fait qu’ayant tant perdu, elle ait encore tant gardé. Une élégance inextinguible subsiste dans ces vagues contours et ces blessures incurables. Il en reste assez pour vous mettre en affinité avec l’insondable sagesse du peintre. … » (p.21)

Source : Henry James, Compagnons de voyage in Retour à Florence, 10/18 – Christian Bourgeois Éditeur, 1990. Page 21.

 

 

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